BIENVENUE
DANS L'ESPACE VIRTUEL
FRANCO-POLONAIS
Nous vous invitons à construire avec nous un nouveau chapitre de l'histoire
(déjà tellement riche) des relations franco-polonaises. Ces deux vieux pays
européens ont toujours vécu dans l'amitié et n'ont jamais combattu l'un contre
l'autre. Leurs relations ne se sont jamais laissé réduire aux contacts officiels
entre les autorités. Ce qui constitue le fond des relations franco-polonaises
c'est précisément ces multiples liens et contacts informels entre les habitants
des deux pays, entre les Polonaises et les Polonais et les Francaises et les
Francais.
L'idée de créer un espace social virtuel pour le développement des contacts
franco-polonais s'inscrit parfaitement dans cette longue et belle tradition.
Dans les editions qui vont suivre nous souhaitons revenir et rappeler cette
tradition.
Notre initiative s'inscrit aussi dans la perspective de l'année 2004, lorsque la
Pologne sera un invité spécial avec la Saison Culturelle Polonaise en France. Notre intention n'est pas de se
substituer ou de remplacer les institutions responsables, et tout
particuliérement, l'Institut Adam Mickiewicz
(IAM), agissant sous le patronat du
Ministere Polonais des Affaires Etrangeres (MSZ) et du Ministere Polonais de la Culture (MK) et
l'Association Francaise de l'Action
Artistique (AFAA), placée sous l'autorité du Minsitere Francais des Affaires
Etrangeres et du Minsitere Francais de
la Culture.
Nous souhaitons, dans la mesure de nos moyens limités, contribuer à ce que cette
nouvelle rencontre franco-polonaise soit particulierement réussie.
Martin Frybes & les amis
No17
LE ROI EST MORT, VIVE LE ROI
Comme Bogumil Luft, moi aussi je souhaite que la Pologne entretienne les
meilleures relations possibles avec la France.
Cela non pas pour des raisons historiques ou sentimentales,
mais parce que la France joue un rôle clé dans l´avenir de l´Europe unie
comprise comme un projet politique. En effet, ce pays est celui qui s´identifie
le plus avec l´idée de l´intégration européenne qu´il considère comme
son œuvre et qui est un véritable témoignage de son succès
politique de portée internationale.
Les craintes et les phobies françaises
Il est évident qu´aucun pays ne peut développer une
politique raisonnable en opposition avec la France ou contre elle. D´un autre
côté, la manière française de considérer l´Union européenne selon le
dogme que l´Europe et la France ne font qu´un, fait que les Français ont du mal
à accepter de bon coeur les changements provoqués par l´élargissement.
Il s´est avéré tout d´un coup que l´Europe ne se réduisait pas à
l´Allemagne réunie, à la Grande-Bretagne transatlantique, à
l´Italie gagnée par un populisme de droite, mais, quelle horreur !, qu´elle
englobait également des pays tels que la Pologne, la Lituanie ou la Hongrie.
C´est Paris qui a été particulièrement sensible à ce
bouleversement et c´est en France que cette situation a provoqué les plus
grandes craintes sinon les plus grandes frustrations.
Jacques Chirac a exprimé le mieux ces sentiments dans sa
déclaration scandaleuse sur les Polonais qui avaient perdu une occasion de se
taire. Cette petite phrase résume à elle seule les 15 dernières
années de la politique de la France qui, à notre grand regret, n´a
jamais cherché depuis 1989 à établir un partenariat politique avec la
partie du continent habité par les Polonais. Dans ses calculs politiques, Paris
tient la Pologne pour un pays peu important. Il est intéressant de constater
que ce n´est que depuis peu de temps, après l´éclatement du conflit avec
l´Amérique à la suite de l´intervention en Irak et après la
querelle houleuse autour du Traité constitutionnel que la France s´est mise
à réfléchir sur la valeur réelle de la stratégie consistant à
faire semblant d´ignorer la Pologne et toute l´Europe centrale et orientale et
sur l´opportunité de la poursuivre à long terme. Le temps d´une certaine
politique européenne arrive visiblement à sa fin. Le roi est mort, vive
le roi. Il s´agit à présent de connaître le nouveau contenu de cette
politique.
La France craint en premier lieu d´être isolée dans
une Europe élargie, c´est pourquoi, elle s´est mise à réfléchir sur les
alliances possibles. Cette question est devenue particulièrement
pertinente quand il s´est avéré que des liens forts avec l´Allemagne étaient
insuffisants et que, dans une Union élargie, le tandem franco-allemand, a perdu
de son importance. Cette situation permet d´entrevoir une réelle chance de
redéfinition de la politique française vis-à-vis de l´Europe centrale et
orientale, sans laquelle tous les appels à l´amélioration des rapports
polono-français resteront sans suite.
L´après Chirac
Nous voyons actuellement surgir des décombres de la
politique européenne chiraquienne trois conceptions de l´Union européenne au
moins, dont l´évolution Varsovie devrait suivre très attentivement.
Le premier courant est représenté par des intégristes qui cultivent une vision
de la politique européenne française particulièrement exclusive,
notamment s´agissant des pays de l´Europe centrale et orientale, mais également
des petits pays " sans aucune signification " de l´ancienne Union. Les fondements
de cet " intégrisme " ont été présentés en juillet par Jean-Pierre
Chevènement, ancien ministre de l´Intérieur dans le gouvernement Jospin,
formé avec l´appui de Chirac.
Premièrement, l´avenir de l´Europe c´est l´Union à plusieurs
vitesses. L´union devrait se délester des nouveaux pays membres qui sont pour
l´Union un fardeau politique et économique grâce à la création d´un "
noyau dur " et grâce au resserrement des liens avec l´Allemagne. Cette
opération peut être menée à bien à l´occasion de la
ratification de la Constitution européenne. Si une partie des pays la rejette,
le projet pourra être réalisé sans plus d´explications, si cependant la
Constitution est ratifiée, tant mieux, puisqu´elle permettra de créer tout
à fait légalement des alliances approfondies et favorisera la création
d´une avant-garde européenne franco-allemande.
Les intégristes désirent en outre créer une nouvelle identité politique de
l´Union, développée en opposition aux Etats-Unis et fondée sur la collaboration
stratégique avec la Russie. " Ce n´est que lorsque nous, les Français et les
Allemands, nous serons ensemble que nous arriverons à persuader la
Russie de ne pas se rapprocher outre mesure de l´Amérique. Cela nous
permettrait de garantir à l´Europe l´équilibre pour longtemps ", conclut
Chevènement.
Cette logique intégriste, héritée directement du XIXème siècle,
est funeste du point de vue des intérêts polonais dans l´Union et
constitue un obstacle majeur à l´exploitation politique par la Pologne
des avantages découlant de l´intégration européenne. Certains commentateurs
tels que Jerzy Lukaszewski ou Zdzislaw Najder, critiquent l´entêtement de
Varsovie dans l´affaire de la Constitution européenne, car selon eux, il
conduit au renforcement des thèses des intégristes français.
Quand, dans les années 2003-2004, les chances du succès politique du
tandem Chirac-Schröder ont sérieusement diminué, les intégristes français ont
vu faiblir leur position. Comme l´a remarqué Pierre Moscovici, ancien ministre
des affaires européennes socialiste, " Chirac et Schröder s´enfoncent dans un
tête-à-tête stérile, sans aucune conception stratégique :
leur égoïsme brutal leur fait oublier que, dans une Europe élargie, la
force de persuasion emporte sur la politique de force ".
Un cercle d´initiés élargi
C´est la conviction de l´impossibilité de maintenir le
caractère exceptionnel des relations franco-allemandes après
l´élargissement de l´Europe, de plus en plus perceptible même dans
l´entourage de Chirac, qui a conduit à la modification des théories
intégristes. Michel Barnier, l´actuel ministre des Affaires étrangères,
a constaté début juillet que les relations franco-allemandes ne suffisaient pas
à elles seules et qu´elles devraient être élargies.
Ainsi, Bernier conserve le dogme sur le caractère sacré des relations
franco-allemandes, tout en reconnaissant que, dans une Europe élargie, le
cercle d´initiés doit s´élargir, puisque la France a besoin de nouveaux alliés
infaillibles. Barnier estime que la France devrait fonder son nouveau réseau
d´alliances sur les liens avec les pays méditerranéens tels que l´Espagne et
l´Italie.
La mise en œuvre d´un tel projet qui permettrait à la France de
s´appuyer en même temps sur l´Allemagne et l´Europe du Sud, permettrait
certainement de mettre fin au " tête-à-tête stérile "
franco-allemand, sans toutefois provoquer l´ouverture de la politique française
sur l´Europe centrale et orientale. Pire encore, elle risquerait de renforcer
les antagonismes, en premier lieu financiers, entre les pays de l´Europe du Sud
et les nouveaux adhérents. Dans une perspective plus large, cette politique
risque de déplacer l´attention de l´Union élargie vers le bassin de la
Méditerranée, le domaine des intérêts français et limiter l´ampleur de la
politique orientale de l´Union, dont la mise en œuvre reste dans
l´intérêt vital de notre pays. Le projet de Barnier a encore un point
faible : il est anti-atlantique et exclut la Grande-Bretagne sans laquelle,
à l´avenir, l´Union ne pourra pas mettre en œuvre ses projets de
politique de défense et de sécurité.
Un souffle d´air frais hongrois
Nicolas Sarkozy, un concurrent sérieux de Chirac à la
présidence de la République, semble avoir voulu tirer des conclusions de
l´observation de toutes les faiblesses de la politique européenne française des
deux dernières années. Ce fils d´immigrés hongrois a fait
dernièrement des déclarations surprenantes qui ont prouvé qu´il se
distançait de la politique européenne de Chirac.
Sarkozy n´a jamais caché qu´il considérait la politique
anti-américaine de Chirac dans l´affaire irakienne comme néfaste. Il est
considéré comme un homme politique pro-atlantique. Il y a quelques semaines, il
a ouvertement critiqué la conception d´une Europe fondée sur une alliance
franco-allemande. " Ce partenariat ne saurait avoir un caractère
exclusif ", a-t-il constaté et il s´est prononcé en faveur de la solution selon
laquelle l´avenir politique de l´Union serait assuré par les pays les plus
forts et les plus ambitieux : la France, l´Allemagne, la Grande-Bretagne et la
Pologne.
Le fait qu´un homme politique français, qui aspire
sérieusement à la présidence, se pose des questions sur la place de la
Pologne dans l´Union et sur les conséquences de cette situation pour la France,
constitue un énorme changement dans la politique française, qui prouve en
même temps que, malgré ce que disent certains hommes politiques, la
Pologne n´est pas isolée en Europe à cause de son attitude dans
l´affaire de la Constitution. Tout au contraire, en deux ans, son rôle politique
a sérieusement augmenté aux yeux des puissances de l´Union.
L´apparition de cette nouvelle vision de la politique
européenne en France nous permet d´espérer que, dans quelques années, la France
cessera d´être allergique à l´Europe centrale et orientale, et
notamment à la Pologne, comme cela a eu lieu au cours des 15
dernières années. Les chances sont d´autant plus grandes que les
déclarations de Sarkozy semblent avoir trouvé un accueil favorable en Allemagne
où de nombreux démocrates chrétiens, mais aussi de nombreux Verts,
commencent à comprendre que l´élargissement, tant souhaité par
l´Allemagne, ne pourra pas être politiquement exploitée si le duo
France-Allemagne n´accepte pas la Grande-Bretagne et la Pologne dans son
cercle.
Sarkozy n´est pas tout à fait le prince charmant que la Pologne
attendait. Ses conceptions économiques, notamment sur l´harmonisation fiscale,
peuvent se révéler incompatibles avec nos intérêts. Cependant, la vision
politique qu´il présente nous permet d´espérer de voir la politique française envers
l´Europe centrale et orientale sortir de l´état de profonde hibernation dans
lequel elle reste depuis 15 ans.
Seule une redéfinition courageuse de la politique de Paris,
l´ouverture sur notre partie du continent peuvent modifier les relations polono-françaises.
Ce n´est alors que nous verrons disparaître en Pologne cette fâcheuse tendance
à traiter la France comme notre souffre douleur national, évoquée par
Boguslaw Luft, qui, somme toute, n´est que l´expression de notre sentiment
d´impuissance (jr)
Marek A. Cichocki (Directeur responsable de programmes du
centre des relations Internationales), " Rzeczpospolita " du 25/08/04, p. A7,
résumé. (Traduction: ambassade de France a Varsovie)
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